One-woman-show : Des clichés, en veux-tu, en voilà !

Anne et moi sommes allées voir… qui donc déjà ? C’est bien la question que nous nous sommes posées en nous retrouvant : qui diable ? De quoi ça cause ? Qui sont tous ces gens ?! Foule il y avait, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque la salle était remplie. Cherchant du regard les rares places restantes, nous nous sommes retrouvées au deuxième rang. Nous ne verrons pas son jeu de jambes pensions-nous. Finalement ce n’était pas si grave, si quelque part cela bougeait, c’était surtout le haut du corps.

Je sentais parfois Anne tourner la tête, jeter un regard sur la salle hilare. J’ai entendu Anne rire deux fois, peut-être trois. Quant à moi… On va dire que je suis quelqu’un de difficile. Je me suis mise assez rapidement à ressentir une tension dans le dos. Il est vrai que les sièges de la salle ne sont pas très commodes, cela faisait longtemps que je n’étais pas venue et je sais maintenant pourquoi. Mais ce n’était pas tant les sièges qui me tendaient ainsi, non, c’était elle, cette illustre inconnue sur la scène qui se transformait en clichés vivants. Elle le faisait plutôt bien, nous en avons convenu avec Anne. C’était « okay », c’était passable, ça passait vite, ça défilait, défilé de clichés en veux-tu pas en voilà quand même. Faut dire que c’était le parti pris de ce drôle de numéro : rire des clichés. Personnellement cela ne me faisait pas rire. Mais la salle riait. Elle riait même aux éclats. Alors je te le demande public : pourquoi tu ris ?

 

chahbi

De qui rit-on ? Tandis que j’allais vous énumérer les différents personnages qui ont ainsi défilé, je réalise que je ne peux décrire ces individus correctement car ils sont tout et rien à la fois. Ils ne sont pas crédibles. Ils sont un prétexte à rire et rien de plus :
– le jeune de banlieue qui se convertit à la religion musulmane parce que ça fait bien.
– la bimbo qui revendique ses implants et son narcissisme affligeant.
– la baby-sitter anglaise qui berce bébé dans le lave-linge.
– la vieille prostituée aux mille et une manières de faire pleurer popol.
– la femme arabe du quartier qui prépare son couscous en dansant et crache sur les filles du quartier.
Ces personnages ont tous pour point commun de provoquer : battre sa femme, c’est bien !, parler du cancer au bébé en lui fumant au nez, c’est bien !, se recoudre l’hymen pour le mariage déjà consommé, c’est bien !, se remplir de semences à l’échelle du stade de France, c’est bien ! Les gens rient de tout cela, c’est bien !
Un humour propre à ce célèbre hebdo dont la référence est clairement affichée ? Peut-être. C’était, à coup sûr, de l’humour noir, humour gore, humour gras, comme ces cuisses que l’on pressent et qui font sortir de l’huile ou, pire, de la vodka pas chère payée.

Comme il en faut pour tous les goûts, on va plutôt parler techniques scéniques.
L’artiste a misé sur un jeu de l’absence. Elle met en scène sa propre disparition, pour une raison inconnue et sans intérêt, et une série de personnages émergent pour évoquer l’absente. Rien à dire sur ce choix narratif, ce qui me gêne par contre, c’est son absence vis-à-vis du public. Nous demeurons, nous aussi, prétexte à jouer et aucune connivence ne sera établie avec le public. D’ailleurs, à la fin du spectacle, la comédienne, dans un souci soudain, et un peu surfait, de son public, demande à un homme du premier rang son prénom, celui-ci, interloqué lui répond : « pourquoi ? ». Et oui, pourquoi, je n’existe pas pour toi, depuis tout à l’heure tu jouais pour toi, et maintenant tu me regardes mais tu ne m’apprécies pas. Anne me dit, à la fin du spectacle, lorsque nous sommes restées un moment sur nos fauteuils pour faire le point sur nos impressions : « elle ne pose pas ses silences ». Et non, elle n’est pas là, dans tous les sens du terme, quand elle débite son texte, elle a le regard fixe de quelqu’un qui récite et pense avant tout à ne rien oublier. Je crois qu’au fond, c’est cela qui m’a mise en tension, cette même tension qui l’habitait, de tout bien dire comme il faut. Je me suis dit que venir aujourd’hui, hier, ou demain, pour la regarder jouer serait l’assurance de voir toujours la même chose, comme un film que l’on peut revoir encore et encore sans qu’aucune scène jamais ne change. Pour moi, ce n’est ni du spectacle vivant, ni un one-woman-show. Anne conclut par : « elle manque d’expérience, c’était brouillon » et on s’est finalement demandé, toutes deux, « et Balasko dans tout ça ? Où est Balasko ? ». Nous apprécierons tout de même cette femme qui, par ses multiples facettes de transformiste et par le choix osé de ce type d’humour, sort du cliché de la femme qu’un rien ne choque. L’ère de la femme égal de l’homme est arrivée, les frontières sont dépassées et le flou identitaire s’accentue et aujourd’hui, finalement, tout le monde est Chahbi.

Jul’ – La Compagnie de la Bobine

 

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