Le Suicidé de Nicolaï Erdman : Et l’affiche ! Tu t’en fiches ?

Bientôt à l’affiche, Le Suicidé de Nicolaï Erdman méritait une affiche à la hauteur de nos exigences. J’ai interviewé Clémentine Hauguenois, la talentueuse graphiste qui a réalisé l’affiche du Suicidé. L’affiche, on ne s’en fiche pas à la Compagnie de la Bobine, elle se doit de transcender la pièce et transpirer l’histoire pour permettre de la rendre accessible à un public le plus large possible. Mon objectif est d’essayer d’accéder à son processus créatif. Mais comment fait-elle pour réussir à réaliser l’affiche d’une pièce contemporaine comique, loufoque, grinçante et corrosive ?

Mais, avons-nous posé les bonnes questions ?

Avons-nous bien compris ses réponses ?

En tout cas, l’affiche est à la hauteur de nos espérances.

Lili – Compagnie de la Bobine

Que t’as inspiré la lecture de la pièce « le Suicidé » ? Quelles idées ont émergé de cette lecture ?

Je n’ai pas trouvé que c’était particulièrement difficile à lire. 

Deux mots sur le processus de création de l’affiche : Les idées viennent à mesure que je lis la pièce, des images apparaissent. Je jette mes idées en vrac sur le papier et après je procède à un tri. Je fais ensuite deux propositions. Pour cette pièce, la première proposition est celle du banquet, la deuxième est un fondu entre un revolver et un saucisson. Dans les deux cas j’ai voulu traiter du thème de l’absurde. Finalement, la proposition avec le revolver n’a pas été retenue car elle était peut être moins claire, moins évidente.

Pourquoi avoir doté le personnage central d’un hélicon ?

 Parce-que dans la pièce, je crois qu’il achète un hélicon afin de donner des concerts pour gagner plein d’argent, aussi j’ai trouvé intéressant de reprendre l’idée de l’hélicon. Ça donne un côté festif comme la fanfare, ce n’est pas un instrument qui résonne mélancolique. C’est un instrument qui pète, qui fait du bruit, voilà pourquoi je l’ai attribué au personnage principal. Il joue de l’hélicon et en même temps il veut se suicider, c’est une situation burlesque.

L'affiche Le Suicidé de Nicolaï Erdman - La Compagnie de la Bobine

En quoi le choix de couleurs vives pour illustrer l’affiche vient-il bousculer le titre « le suicidé  » ?

C’est paradoxal de penser au suicide et aux couleurs vives parce-que les couleurs vives ça renvoie plutôt à la joie alors que le suicide ce serait plutôt quelque chose de noir, de dépressif. Le point fort de l’affiche c’est aussi d’interloquer grâce à ce paradoxe.

Quelle est la symbolique des verres tendus ?

Les verres tendus, ce sont avant tout des bras tendus qui représentent les différents personnages qui interviennent dans la pièce. Ils vont utiliser le suicide de Simon pour leurs intérêts personnels. Ces bras tendus trinquent avec des verres au-dessus du banquet . La tour sur laquelle est perché le personnage est en fait la table du banquet. C’est aussi le podium de celui qui est célébré. Les personnages qui trinquent sont tous d’accord, ils sont unis dans l’idée du suicide de Simon, même si c’est pour des intérêts différents. Le point commun qui les relie est que ce suicide va leur être utile.

Pourquoi avoir choisi de présenter le titre à la verticale ?

Il y a plusieurs raisons. L’idée de placer le titre à la verticale m’est venue à cause de la composition de l’image d’abord parce-qu’on a un personnage central qui coupe le format en deux. Il n’était pas question de mettre un titre qui vienne couper cette verticalité par une horizontalité, ça c’est une chose. Ensuite parce-que je me suis inspirée du graphisme de la propagande russe à une certaine époque.

Il faudrait que j’explique comment je travaille. Au départ, avant même de jeter mes idées, je fais une recherche sémantique, iconographique, typographique pour savoir dans quel registre je vais m’inscrire. J’ai regardé différentes images qui symbolisent la Russie : la faucille et le marteau, les poupées russes, les églises orthodoxes, la place rouge… pas forcément pour les utiliser mais pour m’imprégner de la culture. Je regarde aussi la typographie et la symbolique des couleurs. Pour le drapeau russe, par exemple, le blanc représente la liberté et l’indépendance, la paix, la pureté, la perfection. Le bleu est la couleur de la virginité et le rouge, la souveraineté, l’énergie, la force, le sang.

Le rouge c’est aussi le symbole des défenseurs de la révolution populaire, thème qu’on va retrouver dans la pièce.

C’est aussi à travers les couleurs qu’on peut avoir une meilleure idée de l’ambiance. Je me suis inspirée du tableau d’un auteur russe, El Lissitzky, « Battez les blancs avec le triangle rouge » réalisé en1920. J’ai regardé l’esthétique des années 20 qui correspond à l’époque de la pièce. En regardant le graphisme des années 20 je suis tombée sur des typographies très rectangulaires, à angle droit, massives et qui étaient positionnées à la verticale et à l’horizontale, formant des lignes assez géométriques. Dans le tableau de El Lissitzky on a un triangle rouge qui rentre dans un rond blanc avec un fond découpé en diagonale avec un côté blanc et un côté noir, des couleurs qu’on retrouve beaucoup dans le graphisme. Le titre est de travers pour répondre à l’esthétique de cette époque.

En un mot, comment qualifierais-tu cette pièce pour susciter l’intérêt du public ?

Absurde, pour moi c’est presque du cirque. J’ai fait un podium avec trois petits triangles en haut. C’est l’image que j’ai du podium sur lequel le lion est assis au cirque. Après il y a autre chose qu’on pourrait dire sur l’affiche à propos des symboles. Je les ai trouvé chez Kandinsky, un artiste russe qui me semblait parfait pour illustrer le cirque. On pourrait parler de la couleur orange que j’ai choisie pour le fond. Chaque année je choisis une couleur dominante. J’ai choisi le orange parce-que c’est la couleur de la joie par excellence, une couleur très positive, très dynamique, une couleur qui vient en contradiction avec le titre « le suicidé », puisque le sujet était de créer un paradoxe. Les deux autres couleurs dominantes sont le violet, le bleu et le jaune. Le violet et le bleu sont des couleurs froides pour contraster avec le orange. Le violet, c’est aussi la couleur de la mort. Le jaune est une couleur vive et joyeuse.

Si vous souhaitez, vous aussi, faire réaliser par Clémentine, une affiche d’exception pour votre événement, dites le nous, on lui fera passer votre message.

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