Perdues Pardi !

C’est la crise : crise de rage, crise de larmes, de rire, de joie au Prisme d’Elancourt, le temps d’une représentation.

Perdues dans Stockhol tu veux devenir femme mais, après, pourquoi faire - photo PN

Perdues dans Stockholm tu veux devenir femme mais, après, pourquoi faire – photo PN

Deux femmes + un homme qui veut devenir femme = trois comédiennes. Perdues dans Stockholm forme LE trio tendu de la nouvelle pièce de théâtre de Pierre Notte, artiste associé au Prisme. Vraiment perdues à Stockholm ? A priori, plutôt perdues tout court. Mais Pierre Notte, nous donne à voir qu’il y a un chemin, un cheminement créatif où l’on est capable de se réinventer soi-même, même s’il n’est pas tout à fait droit, même s’il n’est pas tout à fait ce que l’on imaginait.

Tout d’abord, la pièce c’est trois entités féminines qui s’affrontent chacun, chacune avec leur rêves : un kidnappeur/travelo raté (Brice Hillairet) qui enlève contre rançon une comédienne ratée (Juliette Coulon), qui se retrouve dans le mobil-home minable de la tante (Sylvie Laguna) du kidnappeur,  joueuse de casino archi nulle et veuve cocufiée. Pas très enchanteur comme tableau. Un tableau qui commence donc dans la déprime et la boulimie généralisées : elles n’arrêtent pas d’avaler croissants et crêpes cuits en direct sur scène ! Des passages à vide et obligés dans une vie de femme…C’est peut être cela être perdue : ne pas pouvoir surmonter ses problèmes.

Toutefois de la quasi obscurité nous passons à la lumière vive et toute en couleur. Ce trio finit par s’accorder pour devenir un ensemble déjanté, drôle, à la fois musical et poétique un peu comme à la Jacques Demy et dont les six superbes jambes (vraiment) exécutent une chorégraphie extatique. D’une insoutenable légèreté. Ce n’était pas gagné mais c’est aussi cela le théâtre, un lieu d’extravagance. Elles trouveront leur extravagance.

Perdues à Stockholm_ c'est aussi cela le théâtre, un lieu de l'extravagance Photo P.N

Perdues à Stockholm, c’est aussi cela le théâtre, un lieu de l’extravagance       Photo P.N

La pièce, géographique, devient peu à peu un road movie en Normandie (en partie à pédalo) où s’exprime la volonté de liberté de chacune mais unies envers et contre tous…Même si il/elles n’iront jamais à Stockholm ou à Kyoto avec ou sans syndrome.

La pièce, existentialiste, questionne également le devenir femme : « Tu veux devenir femme mais pourquoi faire après ton opération ? » Demande la tante à Lulu le travelo. Présidente d’un grand festival de cinéma ? Présidente de Région ? Présidente du club de golf du coin ? Prostituée ? Geisha ?  Et quoi d’autre ? Autant de désir de destinée, de projection dans un projet. Petit ou grand. Les femmes chez Pierre Notte ont toujours le dernier mot et prennent leur revanche. Elles sont toujours sublimées. Perdues dans Stockholm c’est accepter de perdre quelque chose : faire le deuil d’un impossible rêve, faire devenir réalité un rêve possible, tout en ayant la possibilité  de rêver encore. Ce n’est pas échouer, c’est juste être en phase avec soi-même. Une pièce réussie où se perdre.

S.L

Perdues dans Stockholm : texte et mise en scène Pierre Notte avec Juliette CoulonBrice Hillairet, et Silvie Laguna

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