Metteur en scène, petit prince ou dragon

Comme un chirurgien à la fin d’une opération à coeur ouvert, certains d’entre eux se font souvent remarquer quelques secondes après la fin des représentations. Prenons celui-là, figé la tête en l’air et regardant à la verticale, il fume cigarette sur cigarette, tourne aussi en rond, se gratte la tête, ajuste ses lunettes, en murmurant de longues séquences du spectacle. Il n’est pas satisfait car on le voit maugréant, le sourire aux lèvres, en sifflotant un air d’opéra, utilisant sa main restée valide syncopant à intervalles irréguliers les mouvements des acteurs sur la scène. A la fin de la dernière scène, ému comme une madeleine, il avait laissé perler quelques soupirs d’émotions. Il est monté sur les planches, accueilli et ovationné par les comédiens et la jauge toute entière n’attendant que lui, le libérateur d’émotions, l’a, comme un fils d’un dieu, porté aux nues au-dessus du Mont Olympe. Il pense déjà à la prochaine représentation, et a déjà, à l’aide de son bistouri cérébral, envisagé quelques adaptations, il a, dans le texte, avec une précision naturellement chirurgicale, entamé la réplique de l’un, puis complété celle de l’autre. Il a revu la mise en scène du tout début de l’acte III, scène 3, là où Jean sort de scène côté jardin, mais là, il ne reviendra plus sur scène. Précision d’importance, nous sommes résolument contemporains. Il aurait pu être elle, Il aurait été fumeuse et comédienne, elle est metteur en scène et chirurgien. Hommages pour les femmes et respect pour les hommes ou vice-versa.

A la Bobine-sur-Yvelines, nous avons bien entendu un metteur en scène passant à l’acte tous les lundi soirs et certains dimanches de répétition. Triturant l’un, secouant l’autre, et de petit prince découvrant nos premières intentions, il se transforme en dragon ardent délivrant son feu de connaissances. Avec une exigence absolue, il demande à chacun d’être plus que parfait, il nous interdit d’être mauvais. On sait parfois qu’on ne fait pas le poids à la fin d’une réplique, mais quand son regard se lève prêt à croiser notre champ de vision, bien avant que ses poignards nous atteignent, le sol se dérobe alors et nous entraîne loin de la salle de répétition, là-haut dans notre cerveau, cherchant un chemin d’évasion. Puis, une semaine plus tard, tous les comédiens sont là, n’attendant que le regard du metteur en scène.

P.B La Compagnie de la Bobine

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