Copier n’est pas jouer

A part les lycéens non-pensionnaires dont la mère font la queue le vendredi soir à la librairie de quartier, pour réserver le dernier Molière demandé par Madame Maurel ou Monsieur Binet, je ne connais pas de communauté qui n’use pas de la photocopieuse pour éviter de payer les quelques euros que peut coûter un ouvrage qui les suivra toute une année. Faisons un peu d’arithmétique et revenons sur terre car si on compte bien, le prix d’une copie multiplié par le nombre de pages dépasse allègrement le prix d’achat de l’ouvrage. Mais alors pourquoi copier? Certains utilisent leurs cartouches d’encre, et passent parfois leur temps à débourrer le papier qui s’est coincé une fois de plus à l’avant-dernière page dans l’imprimante épuisée. Et, quand la fille aînée voudra dans la soirée imprimer son rapport de stage, plus de papier et plus d’encre, tout y est passé pour imprimer les cent vingt pages du fameux ouvrage. C’est le carnage assuré. Mais alors pourquoi le copier?

J’ose espérer qu’un jour la majorité d’entre nous, achètera l’ouvrage, du livre neuf à l’odeur de papier au livre d’occasion souvent très peu usé. Je vous affirme qu’un livre tordu, torturé, traité avec toute la violence et le désespoir d’un comédien qui cherche son personnage, possède une âme. Par osmose totale, ou par transfert vertical de gènes, il garde l’inspiration et la transpiration de l’acteur qui a voulu le séduire. Ce livre, sera le plus beau de tous mes ouvrages, je le connais mieux que moi-même, comme si je l’avais fait, car à chaque page, je suis passé de l’autre côté, là ou je suis quelqu’un d’autre, comme un nouveau fils ou une nouvelle fille qui saura sans arrogance, transcender toute mon humanité. Copier n’est pas jouer!

P.B La Compagnie de la Bobine

 

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